William Adolphe Bouguereau - Dante et Virgile

Dernière mise à jour : 20 juil.

Mais ni à Thèbes, ni à Troie, jamais en aucun lieu on ne vit autant de furie, ni si cruelle à déchirer, non des membres humains, mais des animaux même, que j’en vis en deux ombres pâles et nues qui, en se mordant couraient, comme le porc lorsqu’on ouvre l’étable. L’une se jeta sur Capocchio, et au nœud du cou enfonçant les dents, elle le tira de manière qu’elle lui fit gratter le ventre contre le fond solide ; et l’Arétin, qui demeura tremblant, me dit : « Ce follet est Gianni Schicchi, qui, dans sa rage, va ainsi accoutrant les autres... » (L'enfer : chant 30 - Félicité Robert de Lamennais. Flammarion, 1910).

Jeune élève aux Beaux-Arts de Paris, William Adolphe Bouguereau poursuit une formation classique, il y étudie les maîtres de la Renaissance (notamment Raphaël) et confectionne son style. Bien que les thèmes de ses tableaux aient varié au fil du temps, son œuvre est imprégnée de sa patte et de son savoir-faire, aussi bien dans ses compositions, que dans le choix des couleurs et de l'expressivité de ses modèles.

Son ambition se manifestent dès ses premières expositions au salon de Paris. Après le triomphe de Égalité devant la mort en 1849, Bouguereau se lance dans la conception d'un tableau encore plus grandiose et extravaguant : Dante et Virgile.

Il s'inspire de l'antiquité et des traditions classiques et dépeint un extrait du chant numéro trente de l'Enfer de Dante (Le huitième cercle de l'enfer). A travers ce tableau il repousse les limites esthétiques de son style et fait preuve d'audace en se renouvelant tant sur un plan technique que thématique.

Au centre, Capocchio et Gianni Schicchi luttent violemment et sans relâche. Leur corpulence imposante, leurs muscles saillants et leur posture s'étirent jusqu'à se déformer. La scène pullule de personnages et abonde en couleurs, en mouvements et en contrastes. Outre les lutteurs nus dans une mare de sang premier au plan, un démon en arrière plan montre ses dents, et aux pieds de Capocchio s'étale un corps inerte. Le ciel rouge brille de mille feux, le sang et les gestes démesurés des personnages créent un sentiment de tension et d'horreur hypnotisant et fascinant à la fois.

Acclamé par le public et les critiques qui ne tarissaient pas d'éloges son style inhabituel, Bouguereau marqua les esprits de son temps. Le tableau ne trouva hélas pas d'acquéreur, et le peintre abandonna ses recherches esthétiques au profit de sujets plus classiques - plus rentables. C'est ainsi que l'œuvre resta dans la collection familiale jusqu'à son entrée en 2010 au musée d'Orsay à Paris.

Nathan


1. William Adolphe Bouguereau, Dante et Virgile, 1850, huile sur toile, 281x225 cm, Le Musée d'Orsay, Paris.

 

https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/peinture/commentaire_id/dante-et-virgile-21300.html?tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=509&tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=841&cHash=ce0e9a0df9

https://www.nytimes.com/1985/01/06/arts/art-view-to-bouguereau-art-was-strickly-the-beautiful.html

 

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