Gustave Courbet - Le désespéré

Dernière mise à jour : 19 juil.

Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire

Réputé pour ses scènes crues et poignantes, Gustave Courbet, fleuron du Réalisme, a su défier les peintres académiques en rapprochant plus que jamais l’œuvre du regard du spectateur. Lorsqu'il peint Le désespéré, Courbet n'a que 25 ans . Cet autoportrait mystérieux marquera les esprits et confirmera sa réputation.

Sous une tignasse ébouriffée apparaît un visage livide aux muscles crispés. Hagard, ses yeux écarquillés, sa bouche entrouverte et ses mains tendues laissent transparaître sa terreur. La vacuité de l'arrière plan fait ressortir toute son excentricité. La couleur blanche contraste avec ses cheveux bruns, ses yeux et sa barbe ; elle souligne sa gestuelle et instaure un climat de tension croissante.

De la gauche, émane un rayon lumineux. A l'instar du Caravage ou de Rembrandt, Courbet s'adonne à des jeux de lumière qui dissipent la sensation de distance entre le portrait et le regard pour et forme un espace clos et intime. C'est aussi à cet effet que le peintre, qui ne fut pas le premier à s'écarter des conventions de la hiérarchie des genres, opte pour un format horizontal. Ce choix inhabituel et audacieux accroît l'impression d'être épié par l'homme du tableau.

Mais en observant de plus près, les traits harmonieux du visage et les mains flétries de l'artiste trahissent son âge et sa détresse. Choix artistique, supercherie ? Le peintre réalise à la même époque un portrait similaire et inachevé intitulé Le fou de peur (1844). Les mains contorsionnées, la posture et l'expression de l'homme du tableau sont théâtrales et évoquent davantage la confusion que la peur.

En mettant l'accent sur l'aspect émotionnel des deux portraits au détriment d'une représentation fidèle à la réalité, Courbet éveille l'intérêt du public et l'incite à interagir avec les images. Est-ce pour autant une décision délibérée ?

Nathan


1. Gustave Courbet, Le désespéré, 1843-1854, huile sur toile, 55x45 cm, collection privée.

2. Gustave Courbet, Le fou de peur, 1844, huile sur papier, 61x91.4, cm, Galerie Nationale d'Oslo.

 

Moran, Claire. “Theatricality, Irony and Artifice in Gustave Courbet's Self-Portraits.” Journal of romance studies 13.2 (2013): 41.

 

#courbet #desespere #fou_de_peur #portrait #courbet #artinablink

3 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout