Bronzino - l'Allégorie du triomphe de Vénus

Dernière mise à jour : 20 juil.

L'Allégorie du triomphe de Vénus a été peinte en 1545 par Agnolo Bronzino, sur commande du roi de France, François Ier. Bronzino était le peintre officiel à la Cour du duc de Florence et son tableau brosse le portrait frivole des Cours françaises et italiennes de l'époque. Ces dernières aimaient s'adonner au stupre mais aussi dans une moindre mesure, à l'interdit. Sur cette scène de théâtre au champ de profondeur restreint, se dessine la frivolité et le divertissement. Bronzino soigne les traits des personnages, il leur donne un teint brillant et les beigne dans une atmosphère d'insouciance.


Au premier plan, Vénus et Cupidon, mère et fils, fusionnent et échangent un baiser langoureux. Le dieu de l'amour tient la déesse contre lui et agrippe fermement son sein. Les courbes gracieuses de Vénus et ses mouvements prononcés sont à l'image du maniérisme qui rejetait les conventions de la Renaissance au profit d'une plus grande expressivité.


Dans les coins droit, un vieil homme barbu porte un sablier sur son dos : c'est l'incarnation du Temps. A gauche, l'Oubli lui tient tête. Tandis que le temps baisse le rideau bleu pour dévoiler la vérité au grand jour, l'oubli,aux orbites creuses, repousse le voile sur la scène pour la préserver les amoureux des regards indiscrets.


Le sablier sur le dos du temps pourrait indiquer la nature éphémère de l'amour : peu importe l'intensité du plaisir auquel s'adonnent Vénus et Cupidon, tout redeviendra poussière. Cette idée est notamment soutenue par les deux masques sur le sol - l'un arbore les traits d'une jeune femme, l'autre les ride d'un vieillard : ils soulignent le caractère fugace de la vie et renvoient à l'aspect théâtral du tableau.


Une seconde grille de lecture, soutenue par certains chercheurs, suggérerait que le tableau faisait allusion aux ravages de la syphilis. Ce fléau meurtrier qui avait frappé le continent européen et semé la mort depuis près de cinquante ans. D'après cette interprétation : Les orbites noires de l'oubli indiquaient des lésions du nerf optique et l'apparition de la démence provoquées par la maladie. Plus bas, une femme décharnée au teint livide se tient la tête entre les mains et pousse des cris d'effroi. C'est la Jalousie. Sa peau blanche est meurtrie et rongée par la syphilis. Ses yeux rougis, ses phalanges enflées et sa bouche édentée - seraient tous symptomatiques d’une infection bactérienne.


Bronzino ne nous a pas encore livré tous les secrets du tableau, mais on peut toutefois conclure qu'en moralisateur éclairé, il nous a légué un joyau infiniment plus complexe qu'il n'y parait : sous couvert d'une scène érotique où règne le plaisir en maître absolu, le peintre soulève une question de santé publique encore pertinente de nos jours.


Nathan.


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Bronzino, l'Allégorie du triomphe de Vénus, 1545, huile sur toile, 146.5x116.8 cm, National Gallery, Londres.


 

Cook, Christopher. “An Allegory with Venus and Cupid: A Story of Syphilis.” Journal of the Royal Society of Medicine 103, 11 (2010): 458–460.

Lazzeri, Davide et al. “The Hand in Art: Bronzino’s Allegory of Venus and Cupid.” The Journal of hand surgery (American ed.) 40, 8 (2015): 1664–1665.

Tagarelli, Antonio, Donatella Lippi, and Anna Piro. “Syphilis or Jealousy? Analysis of a Figure in Bronzino's Painting ‘Allegory of Venus and Cupid’ (National Gallery, London).” Sexually Transmitted Infections 89, 1 (2013): 44.

 

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